Ey yarim ben sana sevdalandım

Yar yar delip çöllerde dolandım

Sevdan serap gibi göründü gözüme

Aradım aradım ben seni sevdiğim

Quand j’entends cette chanson, ce n’est pas ton visage qui apparaît en premier mais celui de ce petit garçon. Tu te rappelle ? Il jouait sur la balançoire avec son papa, juste en face du banc sur lequel nous étions assis. Je regardais ce petit garçon mais c’était toi que je voyais. Toi enfant. Ce toi que je ne connaîtrai probablement jamais. J’imaginais pour toi les rues d’une Silopi imaginaire où tu pouvais courir, entouré de tes frères. Dans cette ville hors du temps et de l’espace, je pouvais te faire grandir sans que la tristesse ou le deuil ne te touche, mon bel amour. Alors que tes doigts serraient les miens, je faisais des dessins multicolores dans les blancs laissés par le silence. Et chacun de ces dessins me faisaient t’aimer encore plus.

Roméo et Juliette ne se rendaient pas compte de la chance qu’ils avaient de parler la même langue. Moi, si j’avais eu les mots, je n’aurais pas fait de grandes phrases, mais je t’aurais tout dit. Par petites doses, pour ne pas te lasser. Assez pour t’intriguer, te faire rire. Tu aurais ri et tu m’aurais mordu. Le lobe de l’oreille. L’épaule. Le creux de mon cou. Ce n’est pas que tu aimais me faire mal, mais laisser ton empreinte sur ma peau te donnait le sentiment que tous ces moments n’étaient pas éphémères et qu’il y en aurait une trace, quelque part. Toutes ces morsures se sont enfoncées jusque dans mon cœur. C’est là que tu es, maintenant et pour toujours. Aşkım benim. Je te garde là, caché à la vue de tous. Qui comprendrait cette romance sans paroles ? Je ne veux pas que les mots des gens viennent tâcher les pages de notre amour. Ils ont tort, nous avions raison. La distance et le temps ne sont pas des fins en soi. La barrière de la langue n’est qu’une illusion créée par ceux qui veulent tout expliquer.

Mais tu me manques. Tu me manques et les morsures se réveillent. Tu me manques et j’ai mal à en crever. Et ce petit garçon me hante. Je ne suis pas capable de le protéger. Tu pourrais mourir demain. Et je ne pourrai pas venir pleurer sur ta tombe. Tu pourrais te marier demain. Epouse-moi. Garde-moi. Ne me laisse pas partir.

Hakan.

Hakan ne yapıyorsun? Neredesin? İyi misin? Oui, tu vas bien. Tu es à Silopi. Tu es loin de moi. Tu étudie pour tes examens. C’est bien. L’année prochaine, tu entreras à l’université. Et cet été, où seras-tu ? Si je te retrouve à nouveau, est-ce que tu prendras ma main ? M’emmèneras-tu sur ce banc de la plaine de jeux où le petit garçon et son papa jouaient à la balançoire ? Hakan, est-ce qu’on ira à nouveau à la mer ensemble ? Et tu m’éclabousseras, et tu te plaindras que je nage trop loin de toi. Tu prendras mes mains pour m’attirer contre toi. Tu m’embrasseras même si nous savons tous les deux que les baisers salés ont mauvais goût. Puis le soleil se couchera.

J’aime la nuit. J’aime toutes les nuits avec toi. J’aime la façon dont tu me regarde quand tu pense que je ne te vois pas. J’aime la façon dont tu t’énerve quand je te fixe trop longtemps sans dire un mot. Ne? Yok bir şey. Non, il n’y a rien. J’aime juste te regarder. Je veux m’imprégner de chacun de tes gestes, chacun des traits de ton visage, chacun de tes sourires. Parce que je sais que je finirai par oublier le son de ta voix, de ton rire. J’oublierai ton parfum, même si tu en mets trop. J’oublierai le goût de tes lèvres sur les miennes, même si je chéris chacun de nos baisers. Je garderai de toi ces feuilles que tu arraches aux arbres lorsque tu passe en dessous, ta fichue manie de faire peur aux chats et chiens errants dans la rue. Je garderai la douceur de tes yeux. Est-ce que je peux ? Est-ce que je peux garder intact dans ma mémoire ce moment où tu as compris que je t’aimais, lorsque le reste du monde s’est arrêté de tourner ?

Hakan.

Je t’aimais comme une folle. Je t’aimais de l’amour le plus pur qui soit. Je te voulais tout en sachant que je ne pourrai jamais t’avoir. Je t’aimais parce que je ne savais faire que ça. Je vivais seulement quand tu étais là. Le reste n’avait pas d’importance. Aujourd’hui, le reste est ma vie. Tu n’es plus là.

Hakan.

Est-ce qu’il t’arrive de penser à moi ? À nous peut-être. T’arrive-t-il de penser à nous ? Est-ce que toi aussi, tu attends que l’été revienne ? Lorsque le soleil brille ici, j’ai l’impression que je peux tendre la main et te toucher. Mais la mer est trop loin. Tu es trop loin.

Hakan.

Un jour, je te retrouverai. Je ne sais pas si je t’aimerai encore ce jour-là mais je peux te faire une promesse.

Quoiqu’il arrive… je t’aimerai toujours.

Ez geriyam wek Feqiyê Teyran

Min pirsî ji ezmanên bê ziman

Min hewar kir qêrîn kir bê ziman yarê

Min got rastiya min tu yî ey yarê


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